Interview avec Alexandre DANA de Livementor
UPDATE AU 1er MARS 2025
Hello, c’est Olivia, co-fondadrice de la Maison d’Édition La Racine des Mots.
Est-ce que vous connaissez le livre d’Alexandre DANA : la méthode Livementor, 12 étapes pour libérer l'entrepreneur qui est en vous, sorti en 2020 ? Il reste encore aujourd’hui une référence dans le monde de l’entrepreneuriat.
Pour ma part, je l’ai écouté à l'époque en réaménageant mon laboratoire de pâtisserie ... et ça été du pur bonheur ! J’ai apprécié la structure du livre, le fait de rentrer dans l’histoire d’un entrepreneur avec ensuite une partie coaching, ce qui permet vraiment au lecteur de s’identifier.
J’ai eu l’occasion d’interviewer son auteur, et je vous « livre » ci-dessous notre échange :
Olivia INIMOD : Comment t’es venu l’idée des situations réelles pour construire ton livre “La Méthode Livementor” ?
Alexandre DANA : Alors ce n’était pas l’idée initiale, à la base je ne voulais pas partir des situations réelles, j’avais commencé à écrire un livre pratique et assez classique sur entrepreneuriat avec une succession de concepts.
J’ai essayé de faire ça pendant 6 mois, jusqu’au jour où je me suis rendu compte que je n’avançais pas ! J’avais alors écrit 80 pages et en les relisant ça ne résonnait pas en moi, je trouvais ça plat, creux … et surtout je ne trouvais pas ça différent et meilleur que plein d’autres livres.
En discutant avec quelqu’un l’idée d’une refonte totale est venue, et d’une réécriture basée sur des histoires.
Parce que si je fais le bilan de mon parcours, ma plus grande force c’est d’avoir écouté des centaines, même des milliers d’histoires d’entrepreneurs. Ça a pu prendre la forme de coaching, de discussions pendant des heures avec des personnes, de lectures, de témoignages qu’on nous a envoyé, d’emails qu’on a reçu, de contributions sur notre forum ou groupe Facebook privé.
En fait je suis au carrefour de centaines et de milliers d’histoires, et ça, ça été un grand déclic pour moi, et je me suis dit qu’il fallait que je parte de ça, de ce vécu, de ses anecdotes, de cette réalité qu’on me donne. Et donc en partant de faits réels, j’ai décidé d’inventer d’autres histoires d’entrepreneurs.
Au final ça donne ces 12 histoires d’entrepreneurs qui structurent ce livre.
Olivia INIMOD : C’est bien fait, ça nous emporte vraiment. J’entends souvent des entrepreneurs dire « oui mais ma situation est différente », « moi c’est spécial », et en fait on se rend compte que toutes les histoires se recoupent d’une façon ou d’une autre, il y a toujours des points communs. Personnellement je me suis reconnue dans chacune des histoires, donc finalement face à l'entrepreneuriat, à la prise de risque, aux décisions, on a tous les mêmes questionnements qui reviennent.
Alexandre DANA : Je pense que ces histoires sont universelles pour les entrepreneurs que je considère comme mes pairs, les entrepreneurs qui sont moins les clichés qu’on peut avoir des patrons.
Si tu prends l’image d’entrepreneur que peut renvoyer certains médias, tu vas avoir des personnes qui créent des entreprises par opportunité, tu vas avoir une réflexion à base de business plan, tu vas avoir des personnes qu’on décrit comme des grands patrons … et les histoires de ce livre elles sont très très très éloignées de ça ! Et elles sont complètement éloignées de cette vision extrêmement réductrice.
Mais c’est vrai que ces histoires sont universelles pour l’immense majorité des entrepreneurs, dont on parle malheureusement trop peu, qui autour d’une passion ont voulu créer une activité. Une activité qui n’est pas vouée à conquérir le monde, mais une activité qui est pleine de sens, de liberté, d’indépendance et qui leur permet d’exprimer leur créativité (que ce soit être partisan d’œuvres d’arts, écrire un premier livre, être free-lance développeur web ou graphiste, ou monter un espace de coworking).
C’est vrai que pour cette immense population, on se retrouve dans les différentes histoires, parce qu’on passe tous par les mêmes questions, par exemple « est-ce que je peux vivre de ma passion ? »
Les moteurs de gens comme Elon Musk par exemple c’est la grandeur, la démesure, une guerre d’égo pas possible ... on n’est pas du tout dans le même référentiel ou le même état d’esprit que les entrepreneurs que moi j’appelle « les artisans d’internet ».
Olivia INIMOD : Oui, ces entrepreneurs authentiques, qui veulent changer le monde, à leur niveau, avec leurs moyens. En particulier j’accompagne beaucoup de femmes qui sont manuelles, qui créent des choses de leurs mains, à partir de rien, qui font des très très jolies choses. Mais dans ton livre à un moment donné tu parles du « message » : Comment on fait pour trouver son message quand on est manuelle, quand on est artisan, quand on a l’impression de faire des choses qui n’ont pas de grand impact ?
Alexandre DANA : Si tu fais référence spécifiquement à la communication et au marketing, c’est effectivement l’étape du livre qui a suscité le plus d’interpellations chez le lecteur.
Je propose une approche qui est assez singulière : le marketing généreux, où j’invite le lecteur à créer une réputation, une communication, une notoriété, non pas pour ses clients mais pour toutes les personnes autour.
Ça pose évidemment plusieurs questions, c’est en réalité une réflexion sur l’unicité et l’identité de l’univers de l’entrepreneur (quelle que soit son activité).
Comment j’ai le courage d’affirmer ma différence ? Comment est-ce que j’ose dire « non je ne fais pas comme les autres » ?
Comment j’ose dans mon activité, dans ce que je fais au quotidien (le template de mes factures, les mails envoyés, ..) comment je crée mon univers, ma différence. C’est ta boîte donc c’est important de pouvoir donner la tonalité que tu as envie de donner.
Un bon exemple pour illustrer ça c’est « Michel & Augustin », les fabricants de gâteaux, parce que tout leur site internet, tout leur packaging, tout leur univers est ultra singulier.
Olivia INIMOD : Effectivement l’aspect « univers » est hyper important, et parfois on est tellement plongé dans son projet, dans la chose qu’on veut vendre, l’offre qu’on veut faire, on oublie tout le reste autour et toute l’expérience qu’on peut faire vivre aux prospects et aux clients.
Alexandre DANA : J’aime bien prendre l’exemple des boutiques physiques : tout le monde ne va pas forcément acheter, certains vont entrer sans acheter, mais par contre quand ils rentrent dans la boutique ils sont tout de suite dans un univers et on sait où on est. Ça devrait être la même chose en ligne en fait.
Olivia INIMOD : Sur l’aspect inspiration, le côté « j’ai des idées mais je ne sais pas trop quoi faire avec toutes ces idées », ça peut être un piège en tant que créatif de rester trop longtemps dans cette phase. Particulièrement pour ton livre, comment tu as fait pour ne pas rester bloqué dans cette phase d’inspiration ?
Alexandre DANA : C’est une super question ! L’étape d’inspiration elle est essentielle et pourtant tellement dangereuse !
Elle est essentielle parce que c’est celle qui te permet de changer de vie, qui te permet de te dire « cet univers autour de moi, familial et professionnel, je ne suis pas obligé de mourir à l’intérieur ». Je peux aller rencontrer tout un tas de nouvelles personnes et m’ouvrir à une richesse qui est exceptionnelle. Je peux décider de rentrer du jour au lendemain dans l’univers du développement personnel, de l’agriculture éco-responsable… je peux faire ça.
Et en même temps, si je fais que m’inspirer je ne vais jamais avancer ! Je pense que j’ai eu ça dans mon livre aussi, notamment dans la période de 6 mois où j’ai bossé sur une version que je n’ai pas conservé. Et bien je lisais beaucoup de livres sur entrepreneuriat, j’ai contacté des auteurs pour leur poser des questions, mais je suis allée trop loin dans cette démarche parce que je passais plus de temps à lire qu’à écrire !
Mais à un moment la discussion que j’ai eu avec cette personne (dont je parlais au début), elle a été fondamentale. Ça m’a permis de me replonger dans ce que j’avais écrit dans le passé tout en gardant les inspirations.
J’écris depuis 3 ans et demi des articles de blog, des articles sur LinkedIn et surtout des newsletters, et je me suis replongé là-dedans. Je me suis posé la question à moi-même : qu’est-ce que tu aimes écrire ? Et à partir de là j’ai réussi à dépasser l’étape de l’inspiration pour aller à l’étape de l’action, et à l’écriture du livre.
Olivia INIMOD : C’est vraiment la phase où on s’éclate beaucoup parce qu’on découvre 1000 choses, et c’est le piège de se laisser bercer par sa curiosité, et à un moment donné il faut juste se recadrer : « C’est quoi mon grand Quoi ? » pour ne pas se laisser happer par cette partie-là. Ensuite, il y a une notion que tu as abordé que j’ai beaucoup aimé c’est la productivité, et c’est l’endroit je crois où j’ai le plus appris, parce que la productivité j’en fais mon combat. Et toi tu dis qu’il y a productivité, efficacité et efficience, et qu’il faut jongler avec les trois.
Alexandre DANA : Oui tout à fait, productivité, efficacité et efficience : comme les trois frères !
J’étais vraiment content d’écrire ce chapitre sur les systèmes car pendant longtemps je n’ai pas du tout su comment gérer mon temps.
Live Mentor est une entreprise que j’ai créé pendant mes études en 2012.
Aujourd’hui il y a 60 personnes dans l’entreprise, on travaille avec 30 à 40 personnes en free-lance que je considère autant comme des membres de mon équipe que n’importe qui. Donc on arrive à une centaine de personnes, alors que pendant 5 ans on était 3, et en se partageant un seul salaire.
Quand j’y repense, je me demande comment c’était possible de bosser autant en étant si peu efficace ! Alors je suis devenu productif, j’ai appris à faire des choses rapidement, j’ai affirmé mon goût du travail mais je n’arrivais pas à me poser sur ce qui comptait vraiment, ce qui allait vraiment faire la différence.
Je n’avais pas compris l’importance de me former, l’importance de me faire accompagner. Je n’avais pas compris que j’étais concentré sur le « micro » alors que j’aurai mieux fait de m’intéresser au « macro ».
Dans le livre il y a donc l’histoire avec un entrepreneur qui lutte avec son temps, et puis ensuite je décompose dans la partie coaching les 3 notions de productivité, efficacité et efficience, en donnant aussi des exercices très concrets à faire pour reprendre le contrôle de son temps.
Olivia INIMOD : Ça a été pour moi la partie la plus compliquée, surtout quand on est en reconversion, de retrouver un vrai équilibre et de ne pas être à fond tout le temps. Reprendre la main sur son organisation et se dire que ce n’est pas parce que je travaille tout le temps que ça va porter ses fruits, c’est vraiment un changement d’état d’esprit profond je trouve.
Alexandre DANA : Oui tout à fait ! C’est d’ailleurs pour ça que je parle dans le livre de ce grand vide du calendrier qui te prend quand tu fais ta reconversion professionnelle car à partir de ce moment-là il n’y a plus quelqu’un qui dirige pour toi ton calendrier.
Tu dois le dicter toi-même et certaines personnes en souffrent. Il y a d’ailleurs des réactions différentes :
Certaines personnes ne savent plus du tout quoi faire, elles sont à l’arrêt,
D’autres sur-réagissent et se mettent à travailler tout le temps
Il y a un entre-deux à trouver, mais c’est aussi une question de paradigme : à partir de maintenant c’est moi qui contrôle mon temps, et mon temps est ma ressource la plus précieuse (beaucoup plus que le capital de mon entreprise).
Olivia INIMOD : À vouloir être trop productif, et trop sur la corde raide, le risque c’est de s’épuiser alors qu’en tant qu’entrepreneur on est la première ressource de notre entreprise. Donc si on sort de ce corps et qu’on regarde la façon dont on traite le salarié numéro 1 ça fait vraiment changer d’état d’esprit et on en arrive à se dire : il faut que je prenne soin de moi, que je gère mon temps correctement pour ne pas m’épuiser. Il y a une notion que tu abordes aussi, que je trouve hyper intéressante, qui est le coût de l’inaction. Car au lieu de se dire par exemple « je suis fatiguée, je n’ai pas envie de le faire », ça amène à se demander « si je ne le fais pas, qu’est-ce qui va se passer, qu’est-ce que ça va me coûter réellement ». C’est vraiment une notion profonde.
Alexandre DANA : En fait c’est une notion qui est complètement absente de la réflexion quand on est salarié, car on a créé une société extrêmement verticale. Dès le plus jeune âge on nous dicte quoi faire, donc on ne se pose pas la question du coût de l’inaction, car nos actions et inactions sont décidées par quelqu’un d’autre.
C’est là où tous les repères et tous les paradigmes changent quand tu lances ton entreprise car tu dois te demander :
Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?
Qu’est-ce que je dois arrêter de faire ?
Qu’est-ce que je ne suis pas en train de faire et qui va me coûter très cher ?
Si je prends mon exemple, pendant 4 ou 5 ans, j’avais une attention proche du zéro absolu concernant tous les sujets comptables, financiers, administratifs de Live Mentor. Inaction totale parce que je me faisais de fausses idées, de fausses réflexions sur ces sujets. J’oubliais que je pouvais déléguer ou bien m’entourer … et au final ça été une vraie leçon.
Et ça tu le retrouves aussi avec la vente.
Pour exemple, je coach actuellement une personne qui est freelance et qui a pour challenge de trouver ses premiers clients. On a commencé à travailler sur sa communication et son contenu. C’est une personne qui venait de traverser plusieurs mois d’inaction totale, parce qu’elle est dans une situation de sécurité financière qui l’a « endormie ».
Pourtant après avoir commencé l’étape de la communication elle y a pris goût et aujourd’hui c’est quelqu’un qui communique très bien et qui fait du très bon contenu sur les réseaux sociaux. Il y a même des gens qui commencent à s’intéresser à son activité.
Dans son dernier coaching je lui ai dit que maintenant il fallait se concentrer sur ce qui est nouveau, ce qu’elle ne sait pas encore faire, et que l’objectif c’est toujours de vendre.
Je l’ai donc invité à faire un article assez long, présentant certains de ses services, à un certain type de personnes (les restaurateurs). Elle a eu plusieurs interactions avec des restaurateurs, et d’autres personnes aussi pas du tout dans ce domaine, et elle a paniqué parce qu’elle ne savait pas quoi faire devant ces gens qui voulaient devenir ses clients !
On se rend compte que la découverte de la nouveauté, ce que j’appelle le chaos permanent de l’entrepreneur, c’est ce qui est le plus transformateur. Tu comprends alors qu’il n’y a rien que tu ne peux pas surmonter.
Olivia INIMOD : Le chaos c’est un passage quasi obligé dans le parcours d’apprentissage et c’est ce qui fait ensuite qu’on crée du « beau ». Pour conclure, j’ai 2 questions plus « pour le fun ». À quand une page Wikipédia d’Alexandre DANA ?
Alexandre DANA : (rire) La règle sous WikiPédia c’est que tu ne peux pas créer ta page toi-même, il faut que quelqu’un d’autre le fasse ! Et c’est un site qui m’a beaucoup inspiré, j’en suis vraiment très fan.
Olivia INIMOD : Est-ce que ta famille vient du même village que la famille de la chanteuse Dalida ?
Alexandre DANA : Alors effectivement Dalida vient d’Alexandrie si je ne dis pas de bêtise, et ma famille paternelle vient de là-bas aussi. Ils sont arrivés en France dans les années 50, mais ils ont habités Alexandrie, d’où mon prénom Alexandre.
Olivia INIMOD : Merci Alexandre pour ce moment !
Alexandre DANA : Merci à toi, j’ai adoré les questions. Merci beaucoup pour tes retours sur le livre, et à très bientôt j’espère.
Retrouvez le livre :
- sur le site de la FNAC
https://www.fnac.com/La-methode-livementor/a14089313/avis
- sur Amazon
https://www.amazon.fr/m%C3%A9thode-LiveMentor-Alexandre-Dana/dp/2379350493